Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective catholique

Yves Congar

FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA PRIÈRE POUR L’UNITÉ.

Perspective catholique

Notre réflexion parcourra les étapes suivantes : 1° La Prière. 2° La prière de Jésus dans l’histoire du salut. 3° Notre prière pour l’unité dans la conjoncture présente de désunion.


1. La prière

La prière est l’acte par lequel je m’adapte à la volonté du salut de Dieu en posant, par ma demande, une condition ou une disposition dont il a voulu que dépende l’exécution de cette volonté. Une « demande » n’est vraiment une « prière » que si elle se consomme en communion à la volonté de Dieu : « Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. Cependant, que s’accomplisse, non pas ma volonté, mais la tienne ». Une prière païenne cherche à ramener la divinité à nous ; une prière chré­tienne se remet dans les mains de Dieu, qui nous modèle et nous conduit. Cela ne signifie aucun fatalisme, aucun quiétisme. La prière peut prendre l’allure d’une sorte de lutte avec Dieu, comme dans le cas d’Abraham intercédant pour Sodome. Mais ce serait seulement une instante demande, ce ne serait pas une vraie prière si elle ne s’exprimait pas dans la soumission et l’adhésion à Dieu. Ainsi, qu’il s’agisse d’immenses visées, comme dans la prière apostolique d’un saint Paul ou dans la prière missionnaire, ou de demandes plus personnelles et plus modestes, il s’agit toujours, dans la prière, de communier à la volonté de Dieu et de coopérer à l’exécution de son plan de salut, qui englobe le déroulement de l’histoire du monde. N’est-ce pas le contenu même du Pater, prière enseignée aux disciples comme la prière propre de la communauté chrétienne ? Mais, comme le dit saint Augustin : « Si nous prions comme nous devons prier, nous ne pouvons rien dire d’autre que ce oui est contenu dans cette prière » (1).


Si donc nous cherchons à définir l’attitude intérieure de l’homme qui prie, nous voyons qu’elle comporte un désir que les choses soient telles ou telles, mais subordonné au vouloir souverain du Dieu très saint (2). Elle a en quelque sorte deux pôles : d’un côté le besoin ressenti et le désir intense qu’il suscite : Luther a dit qu’on devrait prier avec la même intensité qu’un chien met à attendre un morceau de la main de son maître. D’un autre côté, une adhésion aimante à Dieu, à sa volonté sainte et sanctifiante. L’homme qui prie demande et, tout à la fois, il s’offre à Dieu pour qu’en lui et par lui la volonté de celui-ci s’accomplisse, qui toujours va vers le bien et le salut. Il est clair que cette prière sera certainement exaucée qui demande ce que Dieu veut, encore qu’elle sera exaucée d’une façon probablement inattendue et même déroutante pour nous, car « mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies sont autres que vos voies » (Is 55, 8-8), « Dieu écrit droit avec des lignes courbes », dit un proverbe portugais que le P. Portal aimait citer et dans lequel O. Cullman reconnaît une bonne formule de l’exécution du Salut dans l’His­toire (3).