Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

Boris Bobrinskoy

FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA PRIÈRE POUR L’UNITÉ.

Perspective orthodoxe

 

Introduction

Le point de départ de cette réflexion portera sur la personnalité et l’œuvre de l’abbé Couturier. Non pas que nous voulions igno­rer ou oublier les nombreux précurseurs et les multiples initia­tives qui, depuis plus d’un siècle, ont contribué à l’édification de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, telle qu’elle est vécue aujourd’hui dans le monde chrétien. Cette Semaine a déjà une longue histoire. Mentionnons en particulier la Semaine Universelle de Prière pour l’Unité des Chrétiens dans l’Alliance Évangélique Mondiale, dès 1846. L’Octave des saints apôtres Pierre et Paul (18-25 janvier) fut choisie en 1908 par le prêtre américain Paul Wattson, et confirmée en 1909 par le Pape Pie X. Le mouvement de Foi et Constitution proposa en 1920 une semaine de prière à la Pentecôte. Enfin, dans les mêmes années, Lord Halifax et le Cardinal Mercier engageaient les fameuses Conver­sations de Malines. Peu à peu un nouvel esprit irénique se for­mait.

 

Néanmoins, le rôle éminent de l’abbé Couturier, son rôle de précurseur du dialogue œcuménique et surtout de fondateur de la prière commune pour l’unité est indubitable. Plus qu’une tra­dition particulière de piété, au-delà de toute perspective de prosélytisme, c’est un esprit nouveau, une dimension prophétique qui se sont peu à peu imposés à la chrétienté universelle. Dans l’Église catholique, cet esprit a permis l’éclosion et la marche de l’idée du Concile. On connaît l’attrait que l’abbé Couturier a exercé sur le Pape Jean XXIII. Il ne faudrait pas sous-estimer son influence dans l’événement même et le déroulement du Concile.

 

L’abbé Couturier exerça par ailleurs une influence profonde et durable en dehors de l’Église catholique. Nombreux furent ses amis et correspondants anglicans, protestants et orthodoxes qui s’intéressèrent dès le début à l’idée d’une Octave Universelle de Prière pour l’Unité. La profonde humilité et en même temps l’audace inouïe de cette inspiration assurèrent la survie de cette initiative d’un simple prêtre brûlant de l’ardeur du Saint-Esprit et situant sa prière dans un esprit de totale disponibilité à la volonté de Dieu, ne demandant qu’une seule chose, c’est que la volonté de Dieu, volonté d’amour et d’unité, s’accomplisse : « qu’arrive l’Unité visible du Royaume de Dieu telle que le Christ la veut, et par les moyens qu’il voudra. »

 

Dès l’année 1935, cette formule « devenait le levier spirituel de toute la chrétienté en marche vers le recouvrement de son unité " (1). À cette même époque fut inaugurée la « Semaine de l’Universelle Prière » adoptée dès 1948 par la Commission de « Foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Églises. De nos jours, cette semaine revêt la valeur d’une institution spiri­tuelle dans les diverses confessions chrétiennes et prend une ampleur particulière dans les paroisses depuis le Concile du Vatican II.

 

Mon thème particulier porte sur les fondements théologiques de la Prière pour l’Unité. En explicitant ce que me semblent être ces fondements théologiques, je préciserai d’emblée qu’ils sont eux-mêmes enracinés dans une réalité spirituelle qui constitua un des leitmotive théologiques de la prédication de l’abbé Cou­turier sur la Prière de Jésus pour l’unité des Chrétiens, conte­nue dans la prière « sacerdotale » de Jésus avant sa Passion : « que tous soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). La formulation théologique de la prière pour l’unité est ainsi précédée par l’expérience et la cer­titude de l’abbé Couturier que l’unité des chrétiens prend sa source et son modèle dans l’unité de vie et de nature des Trois Personnes divines. La théologie des « professionnels » se doit donc d’être humble et attentive devant l’élection par le Saint-Esprit de ses vrais théologiens, d’être à l’écoute de ceux qui parlent de Dieu à partir d’une vraie rencontre, de ceux qui rayonnent de sa lumière indicible.

 

Dans une première partie, je préciserai la place de la « prière sacerdotale » (Jn 17) dans l’ensemble de l’œuvre du salut accom­plie par Jésus-Christ ; j’en dégagerai la place particulière dans l’axe de la méditation sacerdotale du Christ, en m’efforçant d’en tirer des enseignements sur la demande particulière de l’unité.

 

Dans une seconde partie, je proposerai à partir de cette réflexion théologique sur Jean 17 quelques conclusions sur la prière chrétienne pour l’unité et sur la place de celle-ci dans un cadre plus général de redécouverte les uns des autres. J’y récapitulerai enfin quelques idées sur la structure trinitaire de notre prière chrétienne.