Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective protestante

Erich Eichele

FONDEMENTS THÉOLOGIQUES DE LA PRIÈRE POUR L’UNITÉ.

PERSPECTIVE PROTESTANTE

 

1. Le sens de la semaine oecuménique de prière

Si quelque rédacteur avait à rendre compte dans son journal de cette semaine œcuménique de prière telle qu’elle se déroule dans sa ville, il en décrirait la signification à peu près en ces termes : ce sont des hommes qui cherchent à mettre fin à la misère visible de la division et de la déchirure de la chrétienté sur cette terre. Ils veulent parvenir à une unité de l’Église d’une manière ou d’une autre. Ils souffrent de cette tare de la division et du spectacle peu édifiant qu’elle offre au monde, qui ne voit qu’une poussière de groupements qui s’entre-déchirent. Ils ne peuvent se représenter comment dans ces conditions l’Église chré­tienne peut encore faire face à l’assaut des forces séculières de notre temps, d’autant plus que, par rapport à la population mon­diale, la chrétienté ne représente qu’une faible minorité. Ces gens cherchent aussi à voir comment l’Église chrétienne, dans sa divi­sion, peut faire face aux tâches diaconales croissantes qui lui incombent du fait du changement social rapide qui s’effectue dans le monde ; car c’est leur Seigneur lui-même qui les a chargés de ces tâches par son commandement sur l’amour du prochain. Ils se demandent en particulier, et très sérieusement, comment le christianisme pourra remplir son rôle missionnaire en pro­clamant l’évangile au monde, si lorsqu’il rencontre les idéologies du sécularisme et les doctrines des religions mondiales non chré­tiennes, il dément, par sa désunion et la séparation de ses confes­sions, la vérité même que l’Évangile revendique pour lui-même. Pour cette raison et bien d’autres encore, ils considèrent qu’il est intolérable que dans une société aux dimensions du monde, telle qu’elle est aujourd’hui, la chrétienté persévère dans une sépara­tion née de mentalités étriquées et de cœurs endurcis. C’est pour­quoi, fondés sur la devise « l’union fait la force », ils travaillent à la restauration de l’unité de toutes les Églises séparées. Et parce qu’on est convaincu, dans le christianisme, de la puis­sance de la prière et qu’on sait que ce but suprême de l’unité visible de l’Église ne peut être atteint simplement par une acti­vité de politique ecclésiastique ou par des tractations œcumé­niques, ces chrétiens se souviennent de la parole de leur Sei­gneur : « ut omnes unum sint » et ils organisent cette semaine universelle de prière pour concourir à ce but principal, de manière que le christianisme soit en mesure de mieux servir son maître par le moyen d’une unité visible au monde entier et enfin retrouvée.

Cette manière de concevoir la semaine de prière pour l’unité, si plausible soit-elle à première vue, ne rend cependant pas jus­tice à la nature de cette entreprise. On s’en doutera au fait que c’est une semaine de prière pour (en allemand : für = en faveur de) l’unité et non pour (en allemand : um = pour obtenir) l’unité des chrétiens. Il faut noter la distinction. C’est la même nuance que si l’on parle d’une femme qui prie pour son enfant ou qui prie pour avoir un enfant. Dans le premier cas, elle prie pour quel­qu’un qui lui est déjà donné et dont elle porte le souci. Dans le second, elle prie pour quelque chose qui lui manque douloureu­sement et qu’elle voudrait beaucoup recevoir. II en va de même ici : si la semaine universelle de prière demandait l’unité des chrétiens, il s’agirait d’une chose que la chrétienté ne possède pas mais qu’elle pourrait recevoir de Dieu en. suivant le chemin de la rencontre œcuménique. Mais si elle prie pour l’unité des chrétiens, le point de départ de sa prière est déjà une unité, une unité déjà donnée par Dieu et qu’on demande à Dieu de restaurer et de rendre réellement efficace. La requête de la prière œcumé­nique pour l’unité des chrétiens ne réside pas dans la recherche d’une unité encore absente et qu’il faudrait constituer, mais dans la recherche d’une unité des chrétiens qui existe déjà et qui doit être préservée pour ne pas rester sans efficacité dans ce monde, soit que les confessions se côtoient avec indifférence, soit qu’elles se séparent en se repliant sur elles-mêmes ou encore qu’elles se dressent les unes contre les autres avec agressivité.