L'abbé Paul Couturier Le monastère invisible

 

Un monastère invisible

Il est « invisible » dans sa totalité éparse parmi toutes les Confessions Chrétiennes ; […] sa réalité totale demeure toujours invisible, « cachée en Dieu avec le Christ ».

 

Une pratique commune du "monastère"

Si chaque jeudi soir, commémoraison hebdomadaire du Grand Jeudi, une multitude toujours plus grande de Chrétiens de toutes Confessions formaient comme un immense réseau enserrant la terre, comme un vaste Monastère invisible où tous seraient absorbés en la Prière du Christ pour l’Unité, ne serait-ce pas l’aube de l’Unité Chrétienne qui se lèverait sur le monde ? N’est-ce pas cette attitude d’Émulation spirituelle sincère, profonde, ardente, que le Père attend pour réaliser l’Unité visible du Corps de l’Église, pour faire tous les miracles nécessaires pour réunir en Son Église visible tous ceux qui L’aiment et qui ont été visiblement marqués du sceau baptismal ?

Pour devenir membre de ce monastère, aucune inscription, aucun bulletin, aucune cotisation, toutes choses souvent demandées. Mais une simple invitation à relire chaque jeudi soir le chapitre XVII de l’évangile de Jean en contemplant le Christ entouré de ses apôtre : le sommet d’où le Calvaire apparaît en toutes ses dimensions, prend son vrai visage, reçoit toute sa lumière. La Sainte Cène vient de finir. […] La Passion va commencer. « Il les aimera jusqu’à la fin ». Au terme de Sa vie terrestre, au seuil du Calvaire, du tombeau et de Sa Résurrection, le fond de Son âme révèle le fond de Son œuvre. Sa prière englobe tout, résume tout : l’Unité, « Toi en moi, moi en eux, afin qu’il soient consommés dans l’Unité ».

 

L’œuvre du monastère invisible : une charité lumineuse

Depuis longtemps, depuis des siècles, la Charité, lien de l’Unité, s’est refroidie. L’Unité s’en est trouvée rompue. « Ils ont été désagrégés par la blessure du péché ». Parce que dans les cœurs la Charité est encore froide, les ruptures persistent. La Charité reprendra sa flamme, sa flamme de chaleur, sa flamme de chaleur lumineuse, dans la douleur, dans l’humilité, dans le repentir, dans la prière, dans la supplication et l’ardeur et la persévérance de la prière.

Qui nous éclairera ? Qui fera tomber les multiples barrières ? Qui comblera les fossés larges et profonds ? Qui nous réconciliera tous dans la Charité avant-coureur de la Vérité ? Il n’y a qu’un chemin où luise la lumière de la réconciliation, où la réconciliation commence déjà : la voie apaisante de la prière, de notre prière en la Prière du Christ, la voie apaisante de la Prière du Christ en notre pauvre prière de pécheurs.

Les membres du monastère invisible forment un réseau de points lumineux parfaitement indépendants, comme le sont les lumières des étoiles. Comme elles aussi, ils créent une atmosphère de clarté bienfaisante.

 

Un monastère où la prière de chacun compte vraiment

Ne dis pas : Si je suis tout seul dans ce grand nombre,

Quel bien fera mon humble effort, mon pauvre amour ?

Car si chaque flambeau s’allume seul dans l’ombre,

Tous se trouvant brûler ensemble, il fera jour.