L'abbé Paul Couturier Le monastère invisible

Le monastère invisible

Prier pour l’unité – prier dans l’unité

Si Paul Couturier a été un grand promoteur de la prière pour l’unité chrétienne, il ne souhaitait pourtant pas que cette prière fût cantonnée à la seule Semaine du 18 au 25 janvier de chaque année. C’était même une de ses intuitions spirituelles : tous ceux qui prient régulièrement pour l’unité forment un « monastère invisible ».

« Communauté » contemplative, composée de tous ceux qui partagent une même vocation (faire sienne, dans la profondeur de son être, de sa pensée, de son amour, l’intercession de Jésus pour l’unité), foyer caché de toute la tâche œcuménique, le monastère invisible n’a pas fait l’objet d’un « traité » ; on ne trouve chez Paul Couturier que quelques remarques éparses dans sa correspondance et dans ses feuillets rédigés pour la Semaine de prière pour l’unité chrétienne (en 1943 et 1944). Nous en reproduisons quelques extraits.

 

Les membres du monastère invisible

Il est constitué par l’ensemble des âmes à qui l’Esprit Saint a pu faire connaître, d’une connaissance intime parce qu’elles ont essayé de vraiment s’ouvrir à Sa flamme et par elle à Sa lumière, le douloureux état des séparations entre les Chrétiens et en lesquelles cette connaissance a engendré une permanente souffrance génératrice d’une habituelle prière et pénitence.

 

Un monastère de l’unité

Le nom de Monastère convient à cette réalité puisque la même souffrance, les mêmes désirs, les mêmes préoccupations, la même activité spirituelle, le même but rassemblent dans le cœur du Christ, cette multitude venue « de toutes les nations ».

La clôture n’en est autre que l’inhabitation dans le Christ priant pour l’Unité, l’esprit de celui de l’Universelle Prière, l’action celle de l’ « Émulation Spirituelle ».

Ensemble, les membres du monastère invisible lancent une immense supplication fondue dans celle du Christ et lancée vers Notre Père qui est aux cieux. Elle monte à partir d’innombrables foyers terrestres pour aller déferler devant le trône de l’Éternel. L’Agneau, « comme immolé », déploie devant son Père Sa propre et infinie supplication où nous sommes entrés et cachés sous la puissante et bienfaisante étreinte de Son Esprit, l’Esprit d’Amour.

 


 

Un monastère invisible

Il est « invisible » dans sa totalité éparse parmi toutes les Confessions Chrétiennes ; […] sa réalité totale demeure toujours invisible, « cachée en Dieu avec le Christ ».

 

Une pratique commune du "monastère"

Si chaque jeudi soir, commémoraison hebdomadaire du Grand Jeudi, une multitude toujours plus grande de Chrétiens de toutes Confessions formaient comme un immense réseau enserrant la terre, comme un vaste Monastère invisible où tous seraient absorbés en la Prière du Christ pour l’Unité, ne serait-ce pas l’aube de l’Unité Chrétienne qui se lèverait sur le monde ? N’est-ce pas cette attitude d’Émulation spirituelle sincère, profonde, ardente, que le Père attend pour réaliser l’Unité visible du Corps de l’Église, pour faire tous les miracles nécessaires pour réunir en Son Église visible tous ceux qui L’aiment et qui ont été visiblement marqués du sceau baptismal ?

Pour devenir membre de ce monastère, aucune inscription, aucun bulletin, aucune cotisation, toutes choses souvent demandées. Mais une simple invitation à relire chaque jeudi soir le chapitre XVII de l’évangile de Jean en contemplant le Christ entouré de ses apôtre : le sommet d’où le Calvaire apparaît en toutes ses dimensions, prend son vrai visage, reçoit toute sa lumière. La Sainte Cène vient de finir. […] La Passion va commencer. « Il les aimera jusqu’à la fin ». Au terme de Sa vie terrestre, au seuil du Calvaire, du tombeau et de Sa Résurrection, le fond de Son âme révèle le fond de Son œuvre. Sa prière englobe tout, résume tout : l’Unité, « Toi en moi, moi en eux, afin qu’il soient consommés dans l’Unité ».

 

L’œuvre du monastère invisible : une charité lumineuse

Depuis longtemps, depuis des siècles, la Charité, lien de l’Unité, s’est refroidie. L’Unité s’en est trouvée rompue. « Ils ont été désagrégés par la blessure du péché ». Parce que dans les cœurs la Charité est encore froide, les ruptures persistent. La Charité reprendra sa flamme, sa flamme de chaleur, sa flamme de chaleur lumineuse, dans la douleur, dans l’humilité, dans le repentir, dans la prière, dans la supplication et l’ardeur et la persévérance de la prière.

Qui nous éclairera ? Qui fera tomber les multiples barrières ? Qui comblera les fossés larges et profonds ? Qui nous réconciliera tous dans la Charité avant-coureur de la Vérité ? Il n’y a qu’un chemin où luise la lumière de la réconciliation, où la réconciliation commence déjà : la voie apaisante de la prière, de notre prière en la Prière du Christ, la voie apaisante de la Prière du Christ en notre pauvre prière de pécheurs.

Les membres du monastère invisible forment un réseau de points lumineux parfaitement indépendants, comme le sont les lumières des étoiles. Comme elles aussi, ils créent une atmosphère de clarté bienfaisante.

 

Un monastère où la prière de chacun compte vraiment

Ne dis pas : Si je suis tout seul dans ce grand nombre,

Quel bien fera mon humble effort, mon pauvre amour ?

Car si chaque flambeau s’allume seul dans l’ombre,

Tous se trouvant brûler ensemble, il fera jour.